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mai 2016

Souvenirs d’une soirée riche en inspirations, dans le sud de Barcelone. J’écrivais une nouvelle sur la recherche désespérée de l’attention de l’autre, de l’appréciation de l’autre, de la non réponse. Des bribes de moments collés les uns aux autres sans avoir de direction. Extrait de Travel stories : Barcelone.

Raconte moi ton été. Décris moi la température. Parle moi des gens, des murs, des rues, des fontaines, décris moi l’atmosphère. Parle moi de ce charmant petit appartement sur les hauteurs d’Abrego, de son odeur familière et indescriptible. Parle moi de la sensation des draps, des nuits chaudes et transpirantes, des douches fraîches et vivifiantes. Dis moi l’intensité du soleil sur ta peau, cigarette dans une main et mon coeur dans l’autre, sur cette terrasse. Compte pour moi les pièces dentelle étendues sur les cordes à linge du dessus. Montre moi la couleur des murs, emmène moi à travers tes yeux. Si ils étaient oranges, je voudrais les voir aussi. J’imagine ta peau ébène, enlacée par le soleil, contraster avec le sol rouge.

 

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Invite moi dans les rues, nous nous perdrons à découvrir sans réel but. Quand je te rejoindrai, nous marcherons à la recherche d’un banc à l’ombre sur lequel écrire pour ne jamais voir mourir cette parenthèse. Nous chercherons cet endroit secret à l’entrée voilée de blanc, pour y boire un verre de Vino Tinto, enveloppés par la fraîcheur réconfortante de la pierre. Nos imaginations ne sont pas toujours sources de mauvais trips, tu sais. Nous découvrirons les alentours du musée Picasso, à la recherche de galeries d’art érotique, d’anciennes maisons closes, de boutiques d’encens ou de bougies. Il n’y a que l’art qui te touche, il n’y a que toi qui me touche.

 

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La perfection est bien de ce monde. Et si je t’emmenais visiter l’intérieur du temple de la Sagrada Familia, j’espérerais certainement un accès au tien, en retour. Je te connais par coeur, tu aimes l’ivresse, les situations dangereuses et la couleur du ciel de Paseig de Gracia au coucher de soleil. Tu devrais me laisser une chance d’être à la hauteur de ton indépendance. Je te ferais l’amour sans espérer te satisfaire, et tu me laisserais le faire sans avoir peur de trop me donner. Mais si ça n’arrive pas, je veux bien rire avec toi, et multiplier les moments où je suis captivé par la lumière qui émane de toi. Tu me donnes envie de collectionner ces images dans ma tête: tes yeux bridés par la fumée d’un joint, tes cheveux aussi libres que ton esprit, tes épaules dénudées de femme pudique.

 

 

L’autre jour, tu étais accroupie contre le mur, le soleil transperçait ta robe, et la transparence laissait entrevoir l’intérieur de tes cuisses. Plus foncées que le reste de ta peau. Un détail vers lequel seules les émotions nous guident. Il faut capter l’instant, le vivre, pleinement, et il n’y a qu’avec toi que je veux le faire. Ce serait beau, un nous, sous le soleil de Barcelone. Marcher tard le soir sous les lumières des longues avenidas désertes, contempler l’architecture, tituber joyeusement avant de retourner à notre réalité secrète…

 

 

Il y aurait sur notre palier, un atelier de couture clandestin, un de ceux où vocifèrent trois générations de femmes aux doigts de fée dans une langue agréable. Je tenterais certainement de te faire découvrir le cinéma local, l’art de l’histoire par Almodovar, même si je pense que tu es faite pour l’esthétique d’Allen. En parlant de ça, il y a cette maison abandonnée dans laquelle tu aimerais te projeter, je t’y emmènerai. Mais je ne veux pas lire de mélancolie sur ton visage. Ta tristesse me tuera. Tu penses ne pas mériter un seul moment de bonheur aveugle et naïf. Tu te trompes. Quand tu verras sa façade grimpée par des fougères, les colonnes de pierre disparues sous la mousse, tu seras heureuse. Tu trouves toutes sortes de belles choses, même dans la mort. Si cette lettre ne t’étais pas destinée, arrête d’imaginer.

 

OhDNA/ 

Stories – Barcelona Series – Credit photos: Hellane, Tumblr be my savior.
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